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Il existe une conviction largement répandue chez les dirigeants de PME/ETI : la fraude interne, les risques de non-conformité et les anomalies comptables non détectées, ce sont des problèmes de grands groupes. Des affaires que l’on lit dans la presse économique, qui concernent des multinationales avec des milliers de collaborateurs, des flux financiers complexes et des structures opaques. Pas leur entreprise, où tout le monde ou presque se connaît, où la confiance est la règle. Cette conviction est compréhensible. Elle est aussi, dans bien des cas, profondément inexacte et potentiellement coûteuse.
Les données disponibles dressent un tableau bien moins rassurant que ce que l’on imagine généralement. D’après les données publiées par Baker Tilly, 64 % des entreprises françaises ont été confrontées à une tentative de fraude en 2023, et plus de la moitié ont subi des fraudes avérées. Parmi les formes les plus préoccupantes, la fraude interne occupe une place majeure : détournements de liquidités, falsification de notes de frais, création de fournisseurs fictifs… Autant de pratiques qui prospèrent dans les angles morts des organisations insuffisamment structurées.
La fraude au virement bancaire illustre à elle seule l’accélération du phénomène : selon le rapport d’activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr, elle a progressé de 93 % chez les professionnels entre 2024 et 2025, faisant son entrée dans le trio de tête des menaces pour les entreprises françaises. Le préjudice moyen pour une PME ou une ETI s’élève à 54 800 euros par incident selon le rapport Stoïk de mars 2025, une perte sèche sur la marge, immédiate et souvent non récupérable. Et selon l’ACFE, les organisations perdent en moyenne 5 % de leur chiffre d’affaires chaque année à cause de la fraude professionnelle, tous types confondus.
Ces chiffres ne concernent pas uniquement les grands groupes. Ils concernent aussi, et peut-être surtout, les structures de taille intermédiaire qui ne disposent pas encore des dispositifs de contrôle adaptés à leur niveau d’activité et d’exposition.
La vulnérabilité des PME/ETI face aux risques financiers internes n’est pas une question de mauvaise volonté ou de négligence. Elle est souvent structurelle, liée à des caractéristiques propres à ces organisations.
La première est la concentration des pouvoirs. Dans une PME ou dans une ETI comprenant de petites filiales, il est fréquent qu’une même personne gère à la fois les achats, valide les factures fournisseurs, effectue les virements et réconcilie les comptes bancaires. Dans un grand groupe, ces tâches sont réparties entre plusieurs équipes précisément pour éviter qu’un individu puisse initier et valider seul une opération financière. Ce principe de séparation des tâches est l’un des piliers fondamentaux du contrôle interne et il est structurellement difficile à appliquer lorsque les équipes sont plus réduites ou réparties sur des périmètres différents. s.
La deuxième est la confiance implicite. Dans les petites structures, les relations humaines jouent un rôle central. Le responsable comptable est en poste depuis dix ans, le responsable administratif est connu de longue date, la dirigeante fait confiance à son équipe et cette confiance est, dans l’immense majorité des cas, tout à fait justifiée. Mais selon le rapport ACFE 2024, dans 84 % des cas de fraude interne, au moins un signal d’alerte aurait pu être identifié en amont. La confiance ne remplace pas le contrôle : elle le complète.
La troisième est l’absence de procédures formalisées. Beaucoup de PME/ETI fonctionnent sur des pratiques héritées de leur histoire, des habitudes non écrites, des circuits d’approbation informels. Or les risques financiers prospèrent précisément dans les zones grises, là où personne n’a clairement défini qui valide quoi, selon quel process, avec quelle traçabilité.
Concrètement, quels sont les risques que les dirigeants sous-estiment le plus souvent ?
Le fournisseur fictif est l’une des fraudes internes les plus classiques et les plus difficiles à détecter sans outil dédié. Un collaborateur ayant accès au référentiel fournisseurs crée une entité fictive, génère des factures, les fait valider dans le circuit normal et déclenche des virements vers un compte qu’il contrôle. Sans analyse automatisée des données comptables, ce type de fraude peut durer des mois, voire des années.
La falsification de notes de frais est une fraude de plus faible montant unitaire, mais dont la répétition sur plusieurs années peut représenter des sommes significatives. Elle prospère dans les environnements où les justificatifs sont insuffisamment contrôlés et où les montants individuels passent sous le seuil d’attention. L’émergence de l’IA générative rend la falsification encore plus facile pour quasi tous les collaborateurs.
La fraude au virement, qu’elle soit d’origine externe (usurpation de l’identité d’un fournisseur pour modifier ses coordonnées bancaires) ou interne (modification non autorisée d’un RIB dans le système), est en forte progression. Elle exploite les moments de précipitation, les processus de validation insuffisamment sécurisés et l’absence de double validation sur les ordres de virement.
Les erreurs comptables non détectées constituent une autre catégorie de risque, moins spectaculaire que la fraude mais tout aussi impactante sur la fiabilité des comptes. Des écritures mal imputées, des provisions non ajustées, des doublons de paiement non identifiés : ces anomalies, isolément mineures, peuvent fausser significativement le résultat présenté aux associés, aux banques ou à l’administration fiscale.
Enfin, la non-conformité fiscale et réglementaire silencieuse est un risque souvent invisible jusqu’au contrôle. Des règles qui ont changé sans que les procédures internes aient été mises à jour, des obligations déclaratives mal paramétrées, des traitements TVA incorrects sur des opérations spécifiques : autant de situations qui ne génèrent aucune alerte au quotidien mais qui peuvent se traduire par des redressements conséquents lors d’une vérification.
L’une des raisons pour lesquelles ces risques restent invisibles longtemps, c’est que la comptabilité classique n’est pas conçue pour les détecter. Un bilan, un compte de résultat, une liasse fiscale : ces documents synthétisent des flux financiers, mais ils ne les analysent pas transactionnellement. Ils ne repèrent pas les anomalies de pattern, les doublons subtils, les écarts entre référentiels.
C’est précisément ce que permettent les outils d’analyse de données financières de nouvelle génération. En croisant l’intégralité des transactions comptables avec des règles de détection paramétrables (doublons de factures, fournisseurs aux coordonnées bancaires modifiées, écritures passées hors des plages horaires habituelles, flux atypiques par rapport aux historiques), ces solutions identifient automatiquement les signaux faibles que l’œil humain ne peut pas détecter à l’échelle d’un volume de données réel.
C’est l’approche que propose notamment Geoficiency, la plateforme de détection des risques et d’investigation financière développée par Sixthfin. Conçue pour les directions financières et les équipes d’audit, elle permet de centraliser les données issues de l’ERP, d’automatiser les contrôles et de détecter les anomalies (fraudes, erreurs comptables, risques de non-conformité) avant qu’ils ne se transforment en préjudice avéré ou en redressement. En 2024, la plateforme a supervisé plus de 170 milliards d’euros de flux financiers pour plus de 1 000 groupes et entreprises dans 70 pays.
L’expert-comptable n’est pas un auditeur judiciaire ni un enquêteur spécialisé en fraude. Mais il occupe une position clé dans le dispositif de prévention des risques financiers , précisément parce qu’il dispose d’une vision transversale de l’entreprise : comptes, flux, déclarations, évolutions dans le temps.
Un cabinet impliqué peut contribuer à plusieurs niveaux : identifier les zones de concentration excessive des pouvoirs et recommander des mesures de séparation des tâches adaptées à la taille de la structure, alerter sur des anomalies comptables récurrentes, accompagner la mise en place de procédures d’approbation des paiements, ou encore orienter vers les outils de contrôle interne adaptés au profil de risque de l’entreprise.
La prévention des risques financiers n’est pas un sujet réservé aux grandes organisations dotées d’une direction de l’audit interne. C’est un sujet de gouvernance qui concerne toute entreprise dès lors qu’elle a des flux financiers significatifs, des collaborateurs ayant accès à des systèmes de paiement et des obligations de conformité à respecter. Ce qui change selon la taille, c’est l’intensité des dispositifs à mettre en place, pas la nécessité de s’en préoccuper.
Identifier les zones de risque dans votre organisation, structurer vos procédures de contrôle interne, sécuriser vos flux financiers et vous assurer de votre conformité fiscale et réglementaire : ce sont des chantiers qui gagnent à être abordés de façon proactive, bien avant qu’un incident ne les impose.
Chez Perspectives Conseils, nous accompagnons les dirigeants de PME et d’ETI dans la structuration de leur gestion financière et comptable, avec une approche qui dépasse la simple tenue des comptes pour intégrer les enjeux de fiabilité, de contrôle et de maîtrise des risques. Parce que protéger votre entreprise, c’est aussi protéger ce que vous avez construit !
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