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EI ou SARL unipersonnelle (SARLU), quel statut choisir pour entreprendre seul ?

Date de MAJ :

18/09/2026
William BODILIS
Assistant comptable
8 min
Entreprise individuelle (EI) ou SARL unipersonnel (SARLU), que faut-il choisir pour se lancer seul en société ? Le guide.

Avant de créer une entreprise, il est essentiel de se demander quelle forme juridique est la plus adaptée à votre activité et à vos objectifs — aspects commerciaux, juridiques, financiers, fiscaux. Vous souhaitez entreprendre seul, démarrer à plein temps ? Le choix se résume rapidement à deux formes juridiques : l’entreprise individuelle (EI) et la société à responsabilité limitée unipersonnelle (SARLU). Ce sont les formes les plus adaptées aux solopreneurs, et leur comparaison mérite d’être actualisée, la réforme de 2022 a profondément modifié les caractéristiques de l’EI, ce qui change une partie des arguments traditionnels.

Comment créer l’une ou l’autre ? Quels sont leurs avantages fiscaux respectifs ? Comment influent-elles sur votre rémunération et votre protection sociale ? Perspectives Conseils vous donne les éléments de décision essentiels.

Table des matières

Ce que la réforme de 2022 a changé pour l’entreprise individuelle

Avant d’entrer dans la comparaison, un point de contexte indispensable : l’entreprise individuelle n’est plus ce qu’elle était avant 2022. La loi n° 2022-172 du 14 février 2022, entrée en vigueur le 15 mai 2022, a créé un nouveau statut unique d’entrepreneur individuel, en supprimant l’EIRL et en lui transférant ses principaux avantages.

Le changement le plus significatif concerne la protection du patrimoine personnel. Depuis mai 2022, tout entrepreneur individuel bénéficie automatiquement d’une séparation entre son patrimoine personnel et son patrimoine professionnel, sans aucune démarche, déclaration ni formalité d’affectation. Les biens utiles à l’activité (matériel, stocks, fonds de commerce, local professionnel inscrit à l’actif) constituent le seul gage des créanciers professionnels. La résidence principale et les biens personnels ne sont plus saisissables pour des dettes nées de l’activité. Cette protection, autrefois réservée à la SARLU, est désormais de droit commun pour l’EI.

Trois exceptions subsistent : la renonciation volontaire à cette protection au profit d’un créancier précis (une banque peut l’exiger comme condition d’un prêt), les manquements graves et répétés aux obligations fiscales, et les sûretés consenties avant la réforme.

Le second changement majeur concerne la fiscalité : depuis la même loi, tout entrepreneur individuel peut opter pour l’impôt sur les sociétés par assimilation à une EURL, sans avoir à se constituer en société. Cette option, auparavant réservée aux EIRL, est désormais accessible à tous les entrepreneurs individuels au régime réel.

Ces deux évolutions rééquilibrent sensiblement la comparaison EI/SARLU. Voyons maintenant les critères un par un.

Création et formalités : avantage EI

La création d’une entreprise individuelle reste rapide et peu coûteuse. Toutes les formalités s’effectuent en ligne sur le guichet unique des formalités d’entreprises (formalites.entreprises.gouv.fr), géré par l’INPI depuis janvier 2023, les anciens centres de formalités des entreprises ont été définitivement supprimés. L’EI ne nécessite pas de capital minimum, pas de statuts à rédiger, pas de publication dans un journal d’annonces légales. L’entrepreneur individuel n’a pas à constituer de personnalité morale distincte, ce qui simplifie considérablement la gestion courante. Il devra en revanche ouvrir un compte bancaire dédié exclusivement à son activité professionnelle, obligation légale au-delà de 10 000 euros de recettes et bonne pratique dès la création.

La création d’une SARLU est plus complexe et plus coûteuse. Elle implique la rédaction de statuts fixant les règles de fonctionnement, le dépôt d’un capital social (minimum 1 euro, mais un montant cohérent avec l’activité est recommandé), la désignation du dirigeant, la publication d’un avis de constitution dans un journal d’annonces légales et le dépôt du dossier au registre du commerce. En gestion courante, le dirigeant de SARLU doit effectuer un dépôt annuel des comptes au greffe, en plus de la déclaration fiscale de résultat, une contrainte administrative inexistante en EI.

Point EI.

Fiscalité et imposition : égalité

L’entrepreneur individuel est en principe soumis à l’impôt sur le revenu (IR) : le bénéfice de l’entreprise constitue sa rémunération et s’intègre dans les revenus du foyer fiscal, imposé selon la catégorie BIC ou BNC selon l’activité.

La SARLU relève du même principe par défaut : soumise à l’IR dans la catégorie BIC ou BNC selon la nature de l’activité.

Dans les deux cas, il est possible d’opter pour l’impôt sur les sociétés (IS). Ce régime impose le bénéfice restant après rémunération de l’exploitant au taux de 15 % jusqu’à 42 500 euros de bénéfices imposables, puis 25 % au-delà. La rémunération de l’exploitant, elle, reste soumise à l’IR. Cette dissociation permet de lisser les variations d’imposition entre les bonnes et les moins bonnes années, et de constituer des réserves dans la société à un coût fiscal limité, là où le barème progressif de l’IR dépasse 30 % dès 29 373 euros de revenu imposable en 2026.

L’option IS en EI suppose de tenir une comptabilité d’engagement complète et est irrévocable après cinq ans, elle mérite donc une analyse approfondie avant activation. Mais elle existe désormais dans les deux formes, sans avantage comparatif décisif de l’une sur l’autre.

Égalité.

Régime social : léger avantage SARLU

Dans les deux formes, le dirigeant relève du statut de travailleur non-salarié (TNS) : en EI comme en SARLU dont le gérant est associé majoritaire (ce qui est systématiquement le cas dans une SARLU unipersonnelle), les cotisations sociales sont calculées sur la rémunération nette. Le régime TNS permet de payer des charges globales inférieures à celles d’un salarié, au prix d’une protection sociale moins étendue, notamment sur la prévoyance et l’indemnisation en cas d’arrêt maladie, qu’il convient de compléter par un contrat Madelin ou équivalent.

La différence se situe dans le traitement fiscal de la rémunération. En SARLU, la rémunération du gérant majoritaire est déclarée dans la catégorie des traitements et salaires et bénéficie de l’abattement forfaitaire de 10 % pour frais professionnels. En EI, le bénéfice est déclaré directement dans la catégorie BIC ou BNC, sans cet abattement. Cet écart, modeste mais réel, joue en faveur de la SARLU sur la charge fiscale personnelle du dirigeant.

Léger avantage SARLU.

Protection du patrimoine : égalité depuis 2022

C’était historiquement l’un des arguments les plus forts en faveur de la SARLU. Il n’est plus aussi déterminant. Depuis la réforme de mai 2022, l’EI offre une protection automatique du patrimoine personnel sans démarche préalable, ce qui lui confère une protection comparable à celle de la société sur ce point.

La nuance pratique reste toutefois réelle : en cas de financement bancaire, les établissements peuvent exiger une renonciation à cette protection comme condition d’octroi du prêt, ce qui réduit la portée réelle de la garantie dans les situations de forte dépendance au crédit. La SARLU offre quant à elle une séparation patrimoniale structurellement plus robuste dans ce contexte.

Égalité, avec un léger avantage SARLU en cas de financement bancaire.

Association et image de marque : avantage SARLU

En entreprise individuelle, il est impossible de s’associer. Si votre projet évolue et que vous souhaitez intégrer un associé, vous devrez créer une nouvelle société et procéder à une transformation, une démarche plus lourde que si vous étiez déjà en SARLU, facilement transformable en SARL classique par l’entrée d’un nouvel associé.

L’image de marque est un point souvent sous-estimé au moment du choix. Vis-à-vis des clients, des fournisseurs et des partenaires bancaires, créer une société (même unipersonnelle) renvoie une image de structure plus établie qu’une entreprise individuelle. Cet élément peut peser dans certains secteurs d’activité, notamment dans le conseil, les services aux entreprises ou les activités réglementées.

Point SARLU.

La micro-entreprise : une troisième voie à considérer ?

En tant qu’entrepreneur individuel, vous pouvez également opter pour le régime de la micro-entreprise. Ce régime très simplifié allège considérablement les obligations de création et de déclaration : aucune comptabilité d’engagement, un simple livre de recettes, des cotisations sociales calculées sur le chiffre d’affaires encaissé.

Ses limites sont cependant significatives : des seuils de chiffre d’affaires relativement bas (188 700 euros pour les activités de vente, 77 700 euros pour les prestations de services en 2026), l’absence de déduction des charges réelles, et une image moins professionnelle. Il est mieux adapté à une activité en démarrage, en test, ou complémentaire.

Le choix de Perspectives Conseils

À activité et contexte comparables, notre recommandation reste la SARLU. Les arguments sont cohérents avec la situation de la majorité des entrepreneurs qui nous consultent : meilleure image de marque, possibilité d’accueillir un associé en cas d’évolution du projet, traitement fiscal de la rémunération légèrement plus favorable, et séparation patrimoniale structurellement plus robuste face aux créanciers bancaires.

La réforme de 2022 a rapproché l’EI de la SARLU sur plusieurs points (protection du patrimoine, option IS) mais elle n’a pas effacé les avantages structurels de la société unipersonnelle pour un entrepreneur qui envisage son activité sur le long terme.

Cela dit, votre situation est unique. Le choix du statut dépend de votre activité, de votre niveau de revenus attendu, de votre situation patrimoniale et de vos objectifs à moyen terme. Chez Perspectives Conseils, nous vous accompagnons dans chacune des étapes de votre création d’entreprise : analyse personnalisée de votre situation, choix du statut optimal, formalités de constitution et mise en place de votre organisation comptable et fiscale dès le départ.

Une réponse

  1. Il est aussi important de faire anticiper le succès ou non de sa boite dans le futur, cela peut jouer et i est préférable d’anticiper plutot que de devoir pérére un changement de statut en cours de route

    Bon article

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